04/06/2015

LA BATAILLE DE TOULOUSE

Le 10 avril 1814

Contexte historique

L'EUROPE NAPOLÉONIENNE EN 1812


Charles IV – Goya
Après son arrivé au pouvoir en 1799, Napoléon a besoin, dans sa lutte contre les Anglais, de la collaboration de l'Espagne et surtout de sa flotte. Pour cela, il fait pression sur le roi d’Espagne Charles IV pour qu'il renouvelle sa confiance en Godoy. Celui revient au pouvoir en 1800 et signe la Convention d'Aranjuez qui établit les conditions de l'union des armées et flottes de l'Espagne, de la France et de leurs alliés pour combattre les forces de la Grande-Bretagne. Le Portugal est le principal allié anglais sur le continent et refuse de participer au blocus que Napoléon tente d'imposer à l'Angleterre. Godoy déclare la guerre au Portugal en 1802 (dite “Guerre des Oranges”) et obtient l'engagement du Portugal de ne plus accueillir les bateaux anglais dans ses ports.

En 1805, la déroute subie par Napoléon lors de la Bataille de Trafalgar modifie considérablement la donne. Les deux tiers des navires franco-espagnols sont détruits. Napoléon, faute d'une flotte suffisante, renonce à la conquête de la Grande-Bretagne pour porter ses efforts sur l'Europe continentale.

Face à l'hégémonie anglaise, Napoléon recourt au blocus continental, dans lequel il implique l'Espagne. En 1807, il signe avec Godoy le Traité de Fontainebleau qui autorise les troupes françaises d'occupation à passer par l'Espagne.
La présence de ces troupes sur le territoire espagnol accroit l'opposition à Godoy. En mars 1808, celui-ci est arrêté et Charles IV abdique en faveur de son fils Ferdinand.

El tres de mayo – Goya
  
Le 2 mai 1808, le peuple madrilène se soulève contre l'occupation de la ville par les Français. L'insurrection est violemment réprimée par Murat le lendemain. Elle marque le début de la Guerre d'indépendance espagnole. Charles IV abdique en faveur de Napoléon qui confie, le 6 mai, le trône à son frère Joseph, roi de Naples. 

En avril 1809, le duc de Wellington est nommé commandant en chef de toutes les forces britanniques au Portugal. Il bat l’armée du roi Joseph d’Espagne à la Bataille de Talavera. Il repousse les forces françaises hors du Portugal en 1810 et 1811. Traversant l’Espagne, il bat les français à la bataille de Salamanque et prend Madrid en 1812. La nette victoire britannique à la Bataille de Vitoria, le 21 juin 1813, marque la retraite définitive des troupes françaises d'Espagne. 
Le 10 avril 1814, Wellington se heurtera au maréchal Soult, qui dirige la défense de Toulouse. L'issue de cette bataille, objet de débats, marque la fin de la campagne de 1814.


La bataille de Toulouse

Le retrait d'Espagne :


Après la défaite de Vitoria, les restes de l'armée française se replient au delà des Pyrénées, tout en laissant des garnisons dans Pampelune, Saint-Sébastien et Santoña. Napoléon Ier envoie le maréchal Soult prendre le commandement de l'armée des Pyrénées et ordonne de reconquérir le Nord de l'Espagne. Obligé à la retraite vers la France après les batailles de Pampelune et San Sebastian, Soult rassemble ses troupes à Bayonne. Pendant l'hiver, il lève des troupes dans les Pyrénées mais ce sont des soldats mal préparés, mal équipés... Les désertions et les exactions sont nombreuses.



Le maréchal décide de se replier sur Toulouse, ville fortifiée, avec des hôpitaux et des magasins militaires. Wellington, avec son armée constituée d'anglais, de portugais et d'espagnols, est sur ses talons mais Soult choisit une route plus praticable et arrive à Toulouse deux jours avant lui.



Les préparatifs :
  • Le 24 mars 1814 : l'armée française arrive à Colomiers. 7 bataillons regroupés en 6 régiments, soit 108 officiers et 3 600 hommes de troupe se positionnent sur un axe Blagnac – Colomiers – Tournefeuille, le reste rentre dans Toulouse.
  •  Le 26 mars : Wellington se positionne sur les même lieux avec son quartier général à Colomiers. Il prépare un contournement par le sud pour couper la route de Narbonne.
  • Le 28 mars : Hill passe la Garonne à Roques et tente de passer l'Ariège à Cintegabelle. Il est bloqué par un détachement de gendarmes à Nailloux et rebrousse chemin. 
  • Le 4 avril : Beresfort, avec 1 800 hommes, essaie de passer la Garonne vers Grenade. Le pont flottant est emporté par le fleuve en crue.
  • Le 8 avril : Les eaux baissent et le pont est rétabli à Merville. Le quartier général s'installe à St Jory.
 
Le ravitaillement des 55 000 hommes de Wellington se fait sur les communes de Colomiers et Balma. Les anglais sont mieux reçus que les français car ils payent leurs achats. L'armée de l'empereur, en échange de vivres, ne délivre elle, qu'un bon dont le remboursement est aléatoire... Des demandes d'indemnisation des paysans seront faites plus tard pour le bois, l'avoine, le foin, le pillage et les cultures saccagées.

Les français sont 36 000 (2 700 cavaliers et 7 000 conscrits). Les alliés (anglais, portugais et espagnols) sont 55 000 dont 7 000 cavaliers.
 
Les fortifications
Soult a tout juste le temps de faire sommairement fortifier la ville : des redoutes (fortifications sommaires et isolées) sont créées sur les collines du Calvinet (aujourd’hui Jolimont, Guilheméry et Côte Pavée) et une suite de retranchements continue cette première ligne au sud et à l’ouest, du pont des Demoiselles à Saint-Cyprien. La ligne du Canal forme également une barrière avec les écluses dont on enlève les planches – des arbres sont abattus et des canons mis en position. Soult attend Suchet venant de Catalogne. La population toulousaine est inquiète et observe les préparatifs.

La bataille du 10 avril, dimanche de Pâques :

  •  6 h : Wellington se positionne devant la défense de Saint Cyprien puis aux Ponts Jumeaux. Les espagnols filent vers le pont Matabiau pendant que le gros de l'armée passe le pont de Croix Daurade.
  •  9 h : L'artillerie française repousse les assaillants aux Ponts Jumeaux et Matabiau. Les anglais s'installent près de la redoute de la Cépière.
  • 10 h : Blocage des assaillants à St Cyprien, les Ponts Jumeaux et les Minimes. Les espagnols attaquent le Calvinet. 

 Aux Ponts Jumeaux

 
    Au Calvinet

  • 13 h : Un escadron de cavalerie défend le Pont des Demoiselles. Les Anglais longent la rive gauche de l’Hers sous le feu des redoutes du Calvinet.
  • 16 h : A la suite de plusieurs attaques, menacé d'encerclement, Soult évacue le Calvinet et descend vers le Canal du Midi.  
  • 18 h : Les combats cessent aux Ponts Jumeaux. Quelques escarmouches jusqu'à 21 h.


Pendant les pauses, chaque camp a récupéré ses morts et blessés. La bataille aura duré 15 heures. Les toulousains ont été surtout des spectateurs inquiets. Des tirs de fusées “congrève” (sorte de feux d'artifices) ont effrayé la population et les soldats français. 
  • La nuit du 11 au 12, Soult évacue le long du Canal et la route de Castelnaudary (les blessés sont mis sur des barques) après avoir vidé les magasins de vivre et de fourrage.
  • Le 12 au matin, Wellington entre dans Toulouse qui lui fait fête, à sa grande surprise.


Victoire ou défaite ?

Pertes françaises : 321 morts – 2 300 blessés – 541 prisonniers
Pertes alliées : 593 morts – 4 000 blessés

Les Britanniques la considèrent comme une victoire : Soult a évacué la ville et Wellington est reçu à la mairie de Toulouse. On peut aussi y voir un épisode favorable à Soult : la ville n'a pas été prise d'assaut le 10 avril 1814, l'armée de Soult n'a pas capitulé ; les pertes coalisées sont plus élevées que les pertes françaises ; les deux armées sont restées sur leurs positions et Soult a choisi d'évacuer Toulouse, avec une armée presque intacte, emportant ses blessés et son matériel.  
Cette bataille devait permettre à Soult d'attendre des renforts venus d'Italie pour défendre le sud de la France ; elle était en fait inutile, la nouvelle de l'abdication de Napoléon, le 4 avril, n'est pas encore connue quand commence la bataille. Le 11 avril, Napoléon signe le Traité de Fontainebleau puis est exilé à l’île d’Elbe. En mars 1815, il décidera de retourner sur le continent pour reprendre le pouvoir (les “Cent-jours”) et Wellington le battra à Waterloo le 18 juin 1815. 
Soult et Wellington, eux, se retrouveront face à face à Waterloo. Hors champ de bataille, ils se reverront aussi en 1837 lors du banquet célébrant le couronnement de la reine Victoria. Lorsqu’on demande à Wellington s’il ne voit pas d’inconvénient à avoir Soult comme voisin de table, il répond sobrement : « Je préfère l’avoir à côté qu’en face ». 



200 ans plus tard, que reste-t-il de cette bataille ?

Des noms de rues : rue du 10 avril, Avenue de la Colonne, rue Soult, rue Caffarelli... Des restes de fortifications aux Ponts Jumeaux, des tombes au cimetière de Terre Cabade dans le carré des anglais.

En 1852, la visite de Louis Napoléon Bonaparte avec une reconstitution historique et un simulacre de bataille.

En avril 1908, l'Entente Cordiale au mausolée du Colonel Forbes au petit bois de Gragnague (mort à la bataille de Toulouse). Avec la construction de la rocade, le monument a disparu.




En 1839, inauguration de l'obélisque commémoratif de la bataille de Toulouse construit par Urbain Vitry sur la colline de Jolimont, sur le lieu le plus haut du Calvinet près de l'Observatoire. On peut y lire :
« Toulouse reconnaissante » et « Aux braves morts pour la patrie ». Un comité avait été créé pour lancer une souscription. Une commémoration y a lieu tous les ans, un dimanche proche du 10 avril.


Dimanche 19 avril 2015

Bibliographie :
  • Le 10 avril 1814, la bataille de Toulouse de Jean-Paul Escalettes aux éditions Loubatières
  • L'autan de juin 2014
  •  A Toulouse N° 36 – Décembre 2014
Merci à Michel de nous avoir fait découvrir cet épisode peu connu de l'histoire de Toulouse.
 

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