06/01/2017

L'école BAUHAUS – Michel COULAREAU


L'école Bauhaus

L'école allemande « Bauhaus » a rassemblé les idées du style moderne du début du XXe siècle. Peu connue en France, elle a beaucoup influencé l’architecture et son empreinte est encore bien présente dans notre vie quotidienne.

Diana nous en a présenté son historique, la synthèse de ses principes fondateurs et illustré ses réalisations par de multiples exemples.

C'est en 1919, juste après la Première Guerre mondiale, que Walter Gropius a fondé à Weimar cette école d'enseignement artistique avec l’idée de créer une œuvre d’art “totale”, où tous les arts, y compris l’architecture, seraient réunis. Cela aurait été une gageure que de vouloir parcourir dans le temps de notre soirée la globalité du courant « Bauhaus », Diana a fort justement pris le parti de se focaliser sur l’architecture en laissant de côté pour un soir les arts graphiques et la peinture.

Le contexte dans lequel ce courant a émergé est complexe et sa création est le résultat de multiples influences :

La « Sécession de Vienne », courant artistique fondé en 1897, s'est épanoui en Autriche et plus particulièrement à Vienne ; c’est un vaste élan de renouveau des formes artistiques (rattaché à l’ « Art nouveau » et au « Jugendstil »). Diana nous a donné à réfléchir sur son manifeste écrit en 1897 et dont le contenu semble porteur des évènements qui vont suivre ; en voici un extrait : « Dorénavant, tous ceux qui souhaiteraient baigner dans la lumière divine de l’art doivent venir ici […] et accepter les formes que nous avons créées. Aucune altération, changement d’ordres, ou haut parler sera permis à notre client. Nous savons mieux ce qui convient. Nous avons la possession exclusive de la véritable vision qui correspond au futur de l’architecture. »

Influence de William Morris, (célèbre à la fois pour ses œuvres littéraires, son engagement politique libertaire, son travail d'édition et ses créations dans les arts décoratifs (mouvement Arts & Crafts) qui déclara que « l’art devait servir les besoins de la société, et qu’il ne devait pas y avoir de distinction entre forme et fonction ». 


Tour Einstein – Erich Mendelson
Potsdam – 1917-1921
L'effondrement du régime impérial a suscité un besoin de liberté et l'époque de l'industrialisation a permis l’utilisation de nouveaux matériaux, de nouvelles technologies (béton coulé, acier apparent, verre plat de grandes dimensions…) et de nouveaux procédés de fabrication (industrialisation de produits de grande consommation) avec lesquels et on pouvait s’expérimenter.
Dans une époque où seulement une partie privilégiée pouvait se permettre le « sur mesure », le Bauhaus s'était projeté comme objectif de créer du beau design pratique et accessible à tout le monde.
 

Quelques principes fondateurs de l’école Bauhaus :
  • Le plus sacré des objectifs étant le logement ouvrier parfait (en réalité peu de logements de ce type ont vu le jour à cette époque). La nouvelle architecture devait refuser toutes choses bourgeoises (le mouvement s’est d’ailleurs longtemps perdu dans des discussions filandreuses sur la définition d’une « chose bourgeoise ».
  • Pas de couleurs : les intérieurs et les extérieurs étaient blanc ou beige, avec éventuellement un détail contrastant en noir ou gris.
  • Façades non encombrées, simples. Toits plats, à angles droits avec les façades, et pas d’avant-toit (corniche).
  • La « structure est exprimée », les murs deviennent des peaux fines en verre ou en stuc sans rôle structural. Le bâtiment est soutenu par l’acier et le béton, largement visible.
  • Un autre principe fondamental, exprimé par Walter Gropius, réside dans la proximité affichée et voulue entre l’art et l’industrie.
L’Ecole a existé successivement dans trois villes allemandes : Weimar (1919 - 1925), Dessau (1925 – 1932) et Berlin (1932 – 1933) et trois directeurs architectes y ont imprimé leur marque : Walter Gropius (1919 – 1928), Hannes Meyer (1928 – 1930) et Ludwig Mies van der Rohe (1930 1933).
Bâtiment principal de l'Université Bauhaus – Weimar
Henry Van de Velde – 1904-1911
Foyer de l'Université avec un escalier Judendstil

Bâtiment de la Bauhaus – Dessau
Hannes Meyer


Bâtiment Bauhaus – Chemnitz
QG de l'Ecole Fédérale des Syndicats Allemands à Bernau

Bâtiment du Bauhaus de Dessau

Depuis le début, le mouvement Nazi dénonça la Bauhaus pour son « art dégénéré » et en a finalement obtenu sa fermeture en 1933. Il s’en est suivi un exil et les émigrés ont réussi à répandre les concepts de la Bauhaus dans d’autres pays. Mies décida d’émigrer aux USA pour prendre la direction de l’actuel « Illinois Institute of Technology » à Chicago. 

Une des plus importantes contributions de la Bauhaus a eu lieu dans le domaine du design des meubles modernes. L’omniprésente chaise cantilever et la chaise Vassily, de Marcel Breuer, ne sont que deux exemples. Le seul produit tangible le plus rentable de la Bauhaus fut son papier peint...

Gropius et Breuer sont partis enseigner à L’Ecole d’architecture de Harvard qui a eu une influence immense aux Etats-Unis vers la fin des années 1920 / 1930. Parmi les nombreux élèves qui s’y sont formés à cette époque : Philip Johnson et I.M. Pei (Pyramide du Louvre) par exemple. 

Machine à écrire Olivetti Studio 42 Alexander Schawinsky – 1936

Malgré la fermeture de l'école, on peut dire qu'elle a eu énormément d'impact sur l'évolution de l'art par la suite. Elle nous a laissé des artistes de toutes sortes de disciplines (peintres, sculpteurs, chorégraphes, architectes…) et beaucoup de principes du design actuel trouvent leurs origines dans le Bauhaus.

L’école Bauhaus est présente dans le monde entier :
Le Seagram Building – New-York
Mies van der Rohe – 1954

Le pavillon de Barcelone – Ludwig Mies van der Rohe – 1929

  • Le Pavillon de Barcelone représenta l’Allemagne à l’Exposition Internationale de Barcelone en 1929. Conçu comme un espace représentatif pour loger la réception officielle donnée par le roi Alfonso XIII aux autorités allemandes, le bâtiment symbolisait le caractère progressiste et démocratique de la République de Weimar et sa récupération après la Première Guerre Mondiale. 
  • La Ville blanche à Tel Aviv est la collection de plus de 4 mille édifices de Style International ou Bauhaus construits à partir de 1930 par des architectes juifs allemands qui émigrèrent au Protectorat Britannique de la Palestine après la prise du pouvoir du Nazisme.
Le mot de la fin :

L’influence de la Bauhaus pour l’enseignement du design a été très importante ; elle a porté le rêve de démocratiser l’accès au beau par le plus grand nombre. Une évaluation postérieure du credo du design Bauhaus critique néanmoins son appréciation erronée de l’élément humain. On signala que « […] les aspects démodés, peu attirants de la Bauhaus seraient une projection utopique marquée par des visions
mécaniciste de la nature humaine… L’hygiène du foyer sans l’atmosphère du foyer. »
Cette conclusion a suscité un débat animé parmi nous, ce qui est finalement un des signes d’une soirée réussie.


Les larmes de San Lorenzo

ISBN 978-2-9557452-0-5

Pour terminer la soirée, Michel Coulareau « Insti-auteur » nous a transportés en Espagne dans la province de Castilla-la-Mancha, loin des axes touristiques. 
« Une maison isolée, un chef-d'œuvre kitsch avec des murs, des clôtures et même des arbres bleu-charrette, constellés de pois blancs. Un bâtiment d'autant plus insolite qu'il était abandonné, en l'état, par ses occupants depuis quarante ans. Pourquoi ce départ précipité ? »
De quoi échafauder une hypothèse romanesque dont Michel Coulareau est venu nous donner un avant-goût. De nombreuses questions, qui pour la plupart, trouveront réponse dans son livre « Les Larmes de San Lorenzo » et pour celles qui resteraient mystérieuses, Michel nous propose de revenir pour nous éclairer avec les résultats de ses dernières recherches.

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Bibliographie – Liens

  • Michael Siebenbrodt, Lutz Schöbe, Bauhaus : 1919-1933, Parkstone, NY, 2009, ISBN 978-1859956274
  • Walter Gropius, Hans Maria Wingler, Bauhausbauten Dessau, Mann (Gebr.), Berlin, 1997 ISBN 3786114714
  • Ré Soupault, Bauhaus. Die heroischen Jahre von Weimar, Verlag Das Wunderhorn, Heidelberg, 2009, ISBN 978-3-88423-332-0
  • François Cali, Yonna Friedmann, Michel Millot, Gérard Monnier, Claude Parent, Claude Schnaidt, Bruno Zevi, L'Influence du Bauhaus et ses conséquences, CIERCEC, Université de Saint-Étienne, 1976
  • Serge Schamschinoff (Serge Chamchinov), Bauhaus-projet, Weimar 1989, s.l., livre d'artiste, leporello, recto-verso, 19 collages et encres de Chine, couverture muette, 1989
  • Magdalena Droste (trad. traduit de l'allemand par Sara D. Claudel), Le Bauhaus : 1919-1933, réforme et avant-garde, Hong Kong, Cologne, Paris, Tashen, 2006 ISBN 978-3-8228-3648-4
  • Charlotte Fiell, Peter Fiell, Design of the 20th Century, Cologne, Tashen, 1999, ISBN 3-8228-5873-0
  • Tom Wolfe, From Bauhus to Our House, non relié, Cardinal, Londres, 1990, ISBN 0 7474 0374 0
  • Tom  Collins, Changing Ideals in Modern Architecture, 1750-1950, Faber & Faber, Londres, 1965

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