07/01/2011

Le Verre et les Gentilshommes Verriers


Le verre est largement présent dans notre vie quotidienne sous plusieurs formes : verres courants pour notre alimentation, pour la chimie, pour l’industrie nucléaire, pour le bâtiment et la réalisation des tours devenues les cathédrales des temps modernes, pour réaliser des pièces complexes et légères des avions, bateaux et voitures, pour nos télécommunications… Devenu techniquement indispensable il est aussi resté le domaine des artistes qui ont maintenu des traditions héritées des origines de l’humanité.

Le verre, dans le langage courant, désigne un matériau ou un alliage dur, fragile et transparent au rayonnement visible. Il est constitué d’oxyde de silicium (silice SiO2) de fondants et de stabilisants, son constituant principal est le sable. De manière scientifique, le verre est défini comme un matériau amorphe (c’est-à-dire non cristallin) et se présente à l’état vitreux. 

Différents mystères entourent cette matière :
Le verre est un liquide dont la viscosité lui permet de se comporter comme un solide : les verres millénaires de nos cathédrales subissent-ils un effet d’écoulement ?
-  Le verre est transparent et pourtant il guide la lumière à des centaines de kilomètres.
-  Le verre est fragile et pourtant une fibre, filament de 10 μm, peut supporter sans rompre une masse 10 fois plus grande qu’une fibre d’acier de même dimension…

Le verre existe naturellement depuis plusieurs centaines de milliers d’années. L’Homme l’utilisa pour la première fois il y a 100 000 ans sous forme d’obsidienne pour fabriquer des outils, des armes coupantes et des bijoux.
Les premiers verres fabriqués par l’Homme sont originaires de Mésopotamie, de Syrie ou d’Egypte. Selon Pline : ce seraient des marchands phéniciens qui, faisant cuire leurs aliments sur les rives du fleuve Bélus dans des marmites supportées par des blocs de natron, auraient vu couler une substance inconnue. Les pièces réalisées à l’époque gallo romaine sont magnifiques et d’une extrême pureté de ligne comme l’illustre la photo ci-dessus.

Au retour de la 7ème croisade, en 1260, Louis IX veut remercier de leurs efforts certains de ses compagnons, il leurs attribue le privilège de Gentilshommes verriers renouvelé ensuite par ses successeurs jusqu’à la révolution.
Ils avaient le titre d'Ecuyer du Roi, portaient l'épée et le chapeau brodé. Ils possédaient cheval et chiens de chasse et profitaient des privilèges de la noblesse. Ils étaient pourtant,pour la plupart, des rudes travailleurs des fournaises à verre vivant chichement au creux des forêts.

Ainsi on peut supposer que, vers 1300, la famille de Robert s’installe en Montagne Noire (Couffinel, St Ferreol, Les Camazes).
Alors que Louis XI vient de mourir et que son successeur Charles VIII monte sur le trône de France, une souche de gentilshommes verriers de Robert attirés par l’imposant massif forestier s’installent en Ariège. 
En 1500, Noble Amiel de Robert est maître verrier près du Mas d’Azil dans la commune de Gabre, région fortement influencée par la Religion Protestante et qui subit douloureusement les Guerres de religions.
Vers 1600, son petit-fils Armand de Robert part s’installer aux Verreries de Moussans.
En 1658, le sénéchal de Sommières,viguier des Gentilshommes Verriers, met en doute les titres de noblesse de la famille de Robert. Un arrêt est rendu de par le roi le 4 décembre 1670 attestant que Charles de Robert est bien confirmé dans son titre d’Ecuyer.
Par mariage la famille de Robert prend le titre de sieur de Lastours et vers 1730 Jean Robert de Latour s’installe près de Biron attiré par un nouveau massif forestier pour exercer sa profession de gentilhomme verrier. Le 21 mai 1788 naît à Biron (Dordogne) Marie Sophie Julie de Robert Latour : arrière-arrière- arrière grand-mère de Maryse. Quelques mois plus tard, la Révolution fait éclater les privilèges.

Au XIX ème siècle, les verreries s’industrialisent : les gros propriétaires forestiers sont les seuls à pouvoir résister, le bois laisse la place au charbon : c’est la révolution industrielle qui va finir de les faire disparaître.
De nos jours, seuls les fantômes des gentilshommes verriers et les restes de leurs fours subsistent encore dans les bois...

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